Le 19 septembre prochain, l’ouverture de la 72e session de l’Assemblée générale des Nations Unies sera l’occasion pour Donald Trump et Emmanuel Macron de faire leurs débuts sur la scène internationale.

12 October

Et pour Antonio Guterres, de prouver que huit mois après sa nomination, il a endossé le costume de sa fonction. Un défi de taille pour celui qui, lors de sa prise de fonction à la tête d’une organisation minée par les scandales d’abus sexuels et l’inaction de son prédécesseur, avait émis le souhait de redonner une respectabilité à la Maison de verre, après dix ans pendant lesquels le navire onusien était devenu un vaisseau fantôme.

Qu’ils soient Représentants permanents ou hauts fonctionnaires, ils sont dubitatifs : huit mois après sa nomination, Antonio Guterres ne semble toujours pas avoir pris la mesure des enjeux politiques de l’organisation, et continue de se comporter comme le patron du HCR. D’aucuns avancent que ce n’est pas totalement de son fait: « depuis sa prise de fonction, il n’a pas d’interlocuteur à Washington et n’est pas soutenu par Nikki Haley, la représentante américaine. » Et de rappeler que lorsqu’il a été choisi, le monde entier pensait qu’Hillary Clinton serait élue. Déstabilisé par le manque de fiabilité d’une administration qui privilégie le repli identitaire au multilatéralisme, alors même que la globalisation des enjeux et des menaces exigerait un renforcement du multilatéralisme, il n’a semble-t-il, pas immédiatement compris la portée des changements qui s’opéraient à Washington, et l’impact qu’ils auraient sur l’organisation internationale.

Ceux qui côtoient Guterres admettent qu’il est sans doute ‘le plus qualifié de tous les secrétaires généraux’ pour occuper ce poste. «Il a une connaissance parfaite de la politique internationale, et, contrairement à Ban Ki moon, il n’a pas peur de s’engager. Par ailleurs, il est doté d’une réelle vision politique. On l’a vu lorsqu’il s’est saisi du dossier chypriote, même si, en dépit de tout ses efforts, les négociations se sont soldées par un échec, » affirme un diplomate européen.

Il vient de vivre huit mois difficiles, au cours desquels il a essuyé des revers. Notamment en février dernier, lorsqu’après consultation avec les 5 membres permanents du Conseil, il nomme le palestinien Salam Fayyad, en tant que son émissaire pour la Libye, Washington, par la voix de Nikki Haley qui dans un premier temps avait donné son accord, bloquera cette nomination, ce qui le laissera frustré et amer.

« Il est arrivé avec l’idée qu’il allait administrer la maison comme un chef d’état. Il donne l’impression de vouloir tout régir, » s’étonne un diplomate africain. Aux réunions du conseil, lorsqu’il vient accompagné de quelques uns de ses secrétaires généraux adjoints (USG) il est le seul à prendre la parole. « Pas une seule fois il ne leur a demandés d’intervenir, » remarque un membre du conseil qui ajoute qu’il n’est pas tendre avec ceux qui n’écoutent pas ses instructions. Témoin sa conduite maladroite avec les Secrétaires généraux adjoints qui, sous l’ère Ban Ki moon, faisaient plus ou moins ce qu’ils voulaient. Dés son arrivée, Guterres leur a envoyé un signal clair : je commande. Leur réaction ne s’est pas faite attendre. Nommés à ces postes politiques par leur gouvernement, ils ont du pouvoir et n’acceptent pas d’être mis en situation d’infériorité.

Il voudrait s’engager sur la Libye et sur le Yémen, ce qui n’est pas du goût des états membres qui estiment qu’il devrait laisser ses représentants spéciaux faire le travail et n’intervenir que si besoin est. « Il ne délègue rien. Il contrôle tout. Il épluche les dossiers dans les moindres détails. C’est un de ses gros défauts, et cela pourrait devenir un problème, notamment pour ce qui concerne la gestion de l’Onu, » commente un expert.

Pour diriger le département des opérations du maintien de la paix, il a choisi Jean-Pierre Lacroix. Un homme compètent, au profil moins combatif que son prédécesseur, Herve Ladsous. « Il veut des personnes qui vont répondre positivement à ce qu’il dit. Et qui ne lui feront pas d’ombre,» estime un haut fonctionnaire nordique. L’attitude très « je décide seul » de Guterres préoccupe les 193 pays membres qui craignent d’être relégués au second plan. Des pays importants, gros contributeurs de troupes, ont fait savoir à Guterres qu’ils souhaitent maintenir le contrôle sur l’activité de l’ONU et qu’ils n’acceptent pas qu’il y ait concentration de pouvoir dans ses mains.

Entre sa volonté de décider et ce que les pays membres lui permettront de faire, il y a une marge. Les américains qui répétaient à l’envi vouloir un secrétaire et non un général, ne sont plus les seuls à le dire. La Chine, devenue le 2e contributeur en matière de budget et de maintien de la paix, devrait être très attentive à maintenir ses prérogatives et celles des pays membres. «Il faut qu’il comprenne qu’il ne doit intervenir que lorsqu’on le lui demande, » énonce un représentant permanent européen.

Depuis sa prise de fonction, probablement dans le but d’apaiser les tensions avec l’administration Trump et d’envoyer des signaux positifs, il a nommé trois américains à des postes importants, auxquels d’autres pays auraient pu prétendre. (Les américains restent le premier et principal contributeur financier.) Pas sûr que ce soit suffisant pour satisfaire Washington qui refuse de voir l’Onu comme une plate-forme d’échanges et cherche par tous les moyens à l’affaiblir. Pas sûr non plus que les 192 autres pays membres ne prennent ombrage de ce jeu de dupe dans lequel ils pourraient êtres, au final, les grands perdants.

Pour l’heure, diplomates et fonctionnaires internationaux se prennent à espérer que lors de sa venue à la tribune de l’Assemblée générale de l’Onu, le président américain délivrera un message en faveur du multilatéralisme. « Ce serait une excellente chose. Sinon, cela risque de créer d’énormes problèmes. Après tout, Il y a convergence des agendas réformistes de Guterres et ceux des Etats Unis. Ils veulent une Onu plus efficace, nous aussi et nous sommes d’accord pour des opérations de maintien de la paix moins impliquées dans les scandales et composées de contingents qui travaillent mieux. Nous devrions trouver un terrain d’entente, » estime un diplomate nord-africain.

En privé, Guterres déclarait il y a peu qu’il était frustré par l’anti-multilatéralisme de Washington. Il sait que si les américains décident de ne pas soutenir l’Onu, donc de ne pas le soutenir, les quatre prochaines années, voire les neuf prochaines s’il est réélu, risquent bien d’être tout simplement extrêmement difficiles pour la paix et la sécurité du monde.

Celhia de Lavarene

Septembre 2017