Syrie : retour sur une médiation orchestrée par Moscou et Ankara en vue d’un accord de cessez-le-feu en Syrie.

26 May

Samedi 31 décembre 2016, le représentant permanent russe, Vitali Churkine, demande d’urgence la réunion des membres du conseil de sécurité. « Moscou souhaitait que son projet de résolution –qui soutenait l’initiative russo-turque- soit adopté au plus vite. Nous anticipions ce moment puisqu’ils en parlaient depuis quelques jours. Pourtant, ce n’est que vendredi que les russes ont demandé la tenue de consultations,» commente un membre permanent du Conseil de sécurité. Dans un premier temps, les russes, inflexibles, avaient fait savoir que le texte de leur projet de résolution était non négociable puisqu’il entérinait l’accord sur la cessation des hostilités. « Cela ressemblait fort à du chantage dans la mesure où que nous ne pouvions qu’être favorables à un cessez-le-feu, » explique un diplomate qui a pris part aux discussions.

Le texte du projet de résolution est distribué pratiquement en séance, ce qui est rare. Normalement, les textes sont distribués à chaque membre du Conseil en amont. Cette fois-ci, Churkin est pressé et déclare que le projet de résolution peut être voté sur le champ. Toutefois, il tempère : « si vous avez besoin d’instructions de vos gouvernements, nous pouvons attendre demain. » Un point de vue qui ne plait pas à la plupart des diplomates présents qui objectent que sous réserve d’instructions ultérieures de leurs capitales, ils ont besoin de temps pour y voir plus clair. « Nous voulions savoir ce que contenait l’accord, car nous ne savions toujours pas qui l’avait signé, quelles étaient les zones où il s’appliquait et celles où il ne s’appliquait pas. Dans notre esprit, et nous avons été plusieurs à le dire, il n’était pas question que l’accord puisse être invoqué, la semaine d’après, pour justifier des bombardements, » résume un des participants. Les diplomates ne voulaient pas que le processus qui allait s’enclencher à Astana puisse servir de justification pour qualifier de groupes terroristes tout ceux qui ne seraient pas présents à la réunion. « Pour nous, les terroristes sont uniquement ceux qui ont été qualifiés comme tels par le Conseil. Il y avait toute une série de points ambigus, sur lesquels il fallait absolument y voir plus clair avant d’envisager d’endosser l’accord, » explique un diplomate occidental. Ce que recherchaient les russes, c’est une validation juridique.

Le matin du 31 décembre, le représentant permanent adjoint, Alexis Lamek réunit tous ceux qui, parmi les membres du conseil ne sont pas totalement convaincus (une dizaine) et charge le représentant permanent espagnol, qui préside le Conseil pour le mois de décembre, de rencontrer Vitalii churkine et de lui dire qu’il n’a pas les neuf voix nécessaires pour obtenir un vote positif. S’il les veut, il lui faudra amender son texte. « L’ambassadeur espagnol lui a remis trois amendements que Churkine a acceptés. Pour autant, le Conseil de sécurité n’a pas donné son adoubement juridique à l’accord. Il s’est contenté de se féliciter des efforts de la Russie et de la Turquie, sans donner un chèque en blanc aux russes, » commente un expert politique onusien qui explique que les turcs ont joué un rôle très utile. « Entre vendredi et samedi matin, peu avant le vote, la France a eu au moins une quinzaine de fois le représentant turc au téléphone. » Ankara ne voulait pas d’un échec. C’était la première fois que les turcs avaient une initiative sur la Syrie qui était portée devant le Conseil de sécurité. Ce qui les intéressait, c’était d’avoir un soutien unanime. Dans son dialogue avec Moscou, Ankara a beaucoup insisté en ce sens. Résultat : l’attitude russe a changé et in fine, le matin du 31 décembre, la Russie acceptait tous les amendements.

Célhia de Lavarène

20 janvier 2017