Un rapport officiel d’origine inconnue présenté par Washington se veut «presque» définitif mais brille par son opacité.

3 September 2013

Vendredi dernier, le gouvernement des Etats-Unis a enfin rendu public les preuves «presque» définitives que l’attaque aux armes chimiques qui a eu lieu le 21 août près de Damas a été le travail du gouvernement syrien. Cette «évaluation» a été censée être l’avant-dernier stage avant la «confirmation» absolue qui sera le feu vert pour une attaque contre le pays.

Mais, selon The Wall Street Journal de samedi dernier, vendredi soir déjà, le président Obama avait pris la décision d’attaquer la Syrie apparemment sans avoir attendu cette «confirmation» et sans même avoir consulté les chefs de son équipe de sécurité national. Ceux-ci auraient vite fait savoir leurs réserves, voire leur fort mécontentement d’avoir été dépassé.

Alors, le lendemain, le président a annoncé qu’il envoyait au Congrès une résolution autorisant l’attaque, histoire de se doter d’une approbation légale conforme à la loi états-unienne sinon au droit international, et au cas contraire, d’une porte de sortie sans perdre la face.

C’est également une manière de reporter l’attaque jusqu’à son retour de la conférence au sommet du G-20 à Saint-Pétersbourg cette semaine et parer au risque que l’assaut n’éclipse – et nuit à – la conférence. La manœuvre risque bien de susciter non seulement un débat houleux au sein du Congrès mais l’expression d’une vive opposition par des pays du Proche orient ainsi que par la plupart des alliés, qui n’ont été tenus au courant de rien.

Au fait, une lecture même une tant soit peu attentive du rapport (quatre pages) suggère qu’il est délibérément vague. Partant de la prémisse, présumée irréfutable, que le gouvernement syrien est coupable, mais sans apporter la moindre évidence crédible, le texte mine passablement la prémisse en reconnaissant: «Des officiels travaillent toujours pour combler ’des lacunes dans notre compréhension’ de ce qui s’est produit.»

Sans sources ni auteur (aucun des 16 services nationaux de renseignement n’est mentionné), le tout est raconté dans un langage bourré de jargon des services de renseignement et d’usages pour le moins problématiques qui rendent le texte entier bizarrement ambigu. Non seulement aucune preuve n’est présentée mais pas de détails non plus par exemple sur les personnes tuées, sur ce qui exactement les aurait tuées (du sarin?), sur le moyen de recenser des morts, sur l’endroit précis où l’attaque a eu lieu etc.

Plus loin, on lit: «Pendant les jours avant l’attaque, nous réunissions des courants de renseignements – de sources humaines, techniques et géospatiales – qui révélaient des activités de la part du régime que nous estimons comme associées à des préparations à une attaque aux armes chimiques.» Point. Etant donné l’abondance des renseignements (et les sources multiples) mentionnée, on est en droit de demander quelques exemples susceptibles d’étayer la prétention. Et quelles auraient pu être des activités «associées à des préparations à une attaque aux armes chimiques»?

Partout, les auteurs se cachent derrière la sécurité nationale et le besoin de protéger la confidentialité des sources (même techniques et géospatiales). La même discrétion s’applique aux personnages du gouvernement syrien, haut placés, qui seraient les auteurs de l’attaque. Même «une organisation internationale humanitaire hautement crédible» ne peut être nommée (celle qui a signalé que «trois hôpitaux dans la région de Damas ont reçu en moins de trois heures, le matin du 21 août, quelque 3’600 patients atteints de symptômes correspondant à une exposition à une agent neurotoxique»).

Le rapport évite d’accuser Bachar al-Assad, tout en le liant quand même aux armes chimiques quoique indirectement: «Le président syrien Bashar al-Asad est l’ultime décideur pour le programme d’armes chimiques, et les membres du programme sont soigneusement filtrés afin d’assurer leur loyauté.»

La carte qui accompagne le texte est également bizarre: la région de ’Adra, où, selon le rapport, les activités de préparation ont eu lieu, n’y figure point. Mark K. Jensen, chercheur et analyste basé à l’université luthérienne du Pacifique dans l’Etat de Washington, a relevé que, selon le Service de recherche du Congrès états-unien, la région se trouve dans une zone où l’opposition domine, plutôt que près de celles qui, selon le même Service, sont «régime dominant».

Le texte parle de l’«opposition» (toujours pour le disculper) comme s’il s’agissait d’une bloc monolithique tandis que les experts sur la région n’ont cesse de souligner la multiplicité d’acteurs et leurs querelles internes qui, jusqu’ici, ont confondu tout effort depuis l’extérieur d’en construire une alternative cohérente et plausible au gouvernement actuel.

Comme la plupart des constats le long du rapport, la phrase suivante est sans transition tant avant qu’après, existant pour ainsi dire dans un vide contextuel: «Nous n’avons vu aucune indication que l’opposition a effectué une attaque de grande envergure impliquant des roquettes et des missiles, comme celle qui a eu lieu le 21 août.» N’est-ce pas donc admettre que l’opposition pourrait disposer de roquettes et de missiles capables de servir à une «attaque de grande envergure»?

S’ensuit un constat à implication semblable: «Nos sources de renseignement à Damas n’ont pas détecté d’indications pendant les jours qui ont précédé les attaques que des gens affiliés à l’opposition prévoyaient l’utilisation d’armes chimiques.» Qui sont ces affiliés, et comment pouvaient-ils prévoir l’utilisation d’armes chimiques si ce n’est que le gouvernement qui en dispose?

Le dernier paragraphe du document, bref, censé être sans appel, est conforme au ton de tout ce qui précède: «Pour conclure, il existe un corpus substantiel d’informations qui impliquent [mais ne prouve pas] la responsabilité du gouvernement dans l’attaque aux armes chimiques qui a lieu le 21 août. Comme indiqué, il existe des informations additionnelles qui restent classées secrètes à cause de soucis relatifs aux sources et aux méthodes employées mais qui sont en train d’être fournies au Congrès et aux partenaires internationaux.» Point.

Si des membres du Congrès ont réagi de manière critique ç’a été surtout à l’instar de John Boehner, président de la Chambre des représentants, qui, acceptant la culpabilité du gouvernement syrien, a voulu savoir les stratèges prévus, les objectifs visés et la base spécifique en droit afin d’assurer le bon déroulement de l’attaque. Pourtant, la crainte d’une conflagration généralisée de la région semble gagner du terrain même parmi les plus belliqueux. Suite au vote négatif au parlement britannique jeudi passé, l’affaire pourrait bien ne pas aboutir – pour le moment.


Alors, qu’est-ce qui s’est passé le 21 août en Syrie?

Deux journalistes indépendants connus pour leur travail au Proche orient ont mené une enquêté suite aux accusations de l’utilisation d’armes chimiques par le gouvernement syrien, avec des résultats contraires au récit du gouvernement états-unien. Dale Gavak, Etats-unienne, experte sur la région, arabophone et en poste à Amman, et Yahya Ababneh, Jordanien, ont publié les résultats de leur enquête jeudi dernier, à savoir le jour avant la présentation de la version officielle.

Ils ne mâchent pas leurs mots: «Les Etats-Unis et d’autres ne s’intéressent pas à examiner des évidences contraires, avec le Secrétaire d’Etat John Kerry qui disait lundi que la culpabilité d’Assad était «un jugement... déjà clair pour le monde entier».

Sur place, Yahya Ababneh a tenu des dizaines d’entrevues à Damas et à Ghouta, banlieue de la capital où, selon Médecin sans frontières, au moins 355 personnes sont mortes la semaine passée de ce que l’on croit être un agent neurotoxique. Les entretiens, qui ont eu lieu avec des médecins, des résidents et des combattants de l’opposition, ont révélé que la source de l’attaque serait bel et bien l’opposition – mais quelle faction de cette opposition?

D’après les résidents, les armes toxiques avaient été entassées dans un tunnel dont le propriétaire s’appelle Abu Ayesha, chef de bataillon rebelle. Les résidents qui parlaient, dont des membres de leurs familles ont été engagés pour stocker les armes, décrivaient celles-ci comme étant «des structures comme des tubes» et «comme de très grands bonbons de gaz», selon les journalistes.

Une femme rebelle interpellée s’est indignée qu’ «ils ne nous ont pas expliqué de quoi il s’agissait ni comment s’en servir». Le résultat a été qu’un grand nombre e l’opposition sont morts faute d’information sur la nature des armes et sur leur maniement correct. La témoin, avec bon nombre d’autres, en tenait responsable le prince saoudien Bandar bin Sultan, chef des services de renseignement et intime de la famille Bush. Un autre témoin n’a pas hésité à accusé les chefs du groupe al-Noursa, à la solde de l’Arabie saoudite et réputé proche d’Al-Qaïda, d’être pleinement responsables des toutes les morts.

Le même jour de l’attaque, le groupe Jabhat al-Noursa a annoncé qu’il mènerait une attaque semblable en représailles contre des civiles au sein de la région de Latakia, base des soutiens au gouvernement syrien sur la côte ouest du pays.

Toujours selon les journalistes, les opposants ont également été d’accord que le groupe al-Noursa se garde en général de coopérer avec les autres groupes de l’opposition, ayant leur propre programme pour le conflit. Au fait, des médecins qui avaient traité les victimes ont déconseillé le journaliste de poser des questions pointues sur qui était responsable de l’attaque.

Parmi les opposants au gouvernement avec qui Yahya Ababneh s’est entretenu, une bonne douzaine ont avoué que leur traitement mensuel venait de l’Arabie saoudite.

Les journalistes citent un article de Business Insider par Geoffry Ingersoll, ancien combattant de l’invasion de l’Irak devenu fin observateur de la région, qui pointe le prince Bandar comme source de la poussée des Etats-Unis vers une guerre tous azimuts en Syrie. Le prince était parmi ceux qui ont le plus fait pour pousser les Etats-Unis à envahir l’Irak, et selon, l’Independent (Londres), ce fut son agence de renseignement (Saudi General Intelligence Agency) qui a lancé les premières allégations de l’utilisation de sarin en février. Le journal londonien rappelle également que depuis l’an passé, la CIA travaille la main dans la main avec cette agence pour armer et former les membres de l’opposition.

The Wall Street Journal, pour sa part, parle ouvertement (avec une approbation évidente) du plan du gouvernement saoudien de vaincre tant le gouvernement syrien actuel que le Hezbollah au Liban.

Peter Osborne, chef de la rubrique politique de The Telegraph (ultra-conservateur, Londres), jeudi passée critiquait vertement son propre gouvernement: «Réfléchissez-y: les seuls bénéficiaires de l’atrocité ont été les rebelles, qui, jusqu’ici, perdaient la guerre mais qui ont maintenant la Grande Bretagne et l’Amérique prêtes à intervenir de leur côté. ... Il faut se rappeler qu’Assad a été accusé auparavant d’utiliser du gaz toxique contre des civiles. Mais cette fois-là, Carla del Ponte, commissionnaire des Nations Unies en Syrie, a conclu que les rebelles, non pas Assad, en étaient probablement responsables.»

Enfin, déjà, le 4 mai, Lawrence Wilkerson, ancien chef de cabinet de l’ancien Secrétaire d’Etat Colin Powell, avait dit que, a son avis, la première attaque, à laquelle faisait allusion Peter Osborne, a été le travail du gouvernement israélien et que les évidences actuellement tant vantées étaient «bidon».


Tandis qu’une attaque contre la Syrie semble voir été évitée pour le moment, le Pentagone se vante de ses capacités dans la région au cas où, sécurité mondiale oblige, ses services seraient nécessaires. Ainsi a-t-il fait savoir les transferts de troupes et de matériel de guerre dans la Méditerranée orientale entre le littoral syrien et Chypre (qui abrite une grande base militaire britannique).

Les armes ainsi transférées laissent présager le pire. Parmi les missiles, bon nombre sont dotés d’ogives à l’uranium (appauvri ou non). Selon les modèles exacts (qui ne sont pas tous décrits en détail), il s’agit d’au moins 500 tonnes d’uranium à larguer sur le pays, chiffre qui en toute probabilité dépasserait les 1’000 tonnes en réalité, si l’on se réfère au passé en Irak et en Afghanistan.

Ces ogives, qui sont l’âme même du bunker buster (sauteur de bunker), brûlent à des températures allant jusqu’à 6’000 degrés C., perçant des parois en béton armé – voir en pierre – de plusieurs mètres, parfois de plusieurs dizaines de mètres, en moins d’une seconde en carbonisant tout ce qui les entoure. Les bunker busters en question portent des ogives allant de 110 kilogrammes à une tonne.

L’incendie ainsi déclenché réduit l’uranium à une poussière microscopique, radioactive pendant à peu près 10 milliards d’ans. Une seule particule inhalée et logée dans une alvéole du poumon irradie en permanence une sphère de 200 à 300 cellules. La composition chimique de l’uranium ressemblant à celle du calcium, le corps finit par diriger un grande partie de ces particules vers les os, d’où la fréquence de la leucémie chez ceux qui y ont été exposé.

Parmi les anciens combattants de la guerre du Golfe qui y avaient été exposés à cause de l’utilisation de perceuses de chars blindés (qui brûlent exactement comme les ogives), beaucoup ont découvert que leur sperme contenait des quantités colossales de particules d’uranium qui leur faisaient subir des brûleurs intenses lors de l’éjaculation. Le nombre de malformations congénitales jamais vues et dont la science n’a même pas de nom tellement elles sont affreuses témoignent de cet aboutissement des particules radioactives dans le corps masculin. Les rapports épidémiologique de Fallujah, qui a subi des essais grandeur nature de nouvelles armes radioactives, parlent d’une épidémie de telles malformations d’une ampleur jamais vue de l’histoire humaine.

Le 27 août, sous le titre «Boule de feu sur la Syrie» l’Independent a publié sur son site sur la toile un film de moins d’une minute qui montre ou bien une explosion exemplaire d’une ces armes ou bien l’emploi d’une bombe nucléaire «tactique». Sans identifier le lieu précis, le journal a laisser le film accessible sur son site.

Mais une analyse en profondeur du film effectuée par deux analyste d’armes britanniques, Dai Williams et le docteur Chris Busby a révélé un montage, qui d’ailleurs ne correspond à l’explosion d’aucune arme connue. Le source de l’image étant inconnue, on ne peut que se demander pourquoi quelqu’un s’est donné la peine de la construire.

L’explication la plus logique serait qu’elle prépare le terrain, dans l’esprit du public, pour de telles explosions à venir.

RJP