Lettre ouverte à Monsieur le Président de la République Libanaise

7 July

Il est rare qu’un citoyen puisse vous adresser directement une lettre afin de vous parler de ce pays qui est le nôtre. Il est rare que l’on puisse s’adresser à vous et vous pointer du doigt les problèmes que nous avons au quotidien tous les jours, et ce depuis près de 2 décennies.

Le 17 octobre, une population excédée, écœurée, au bord de la rupture sociale s’est soulevée, demandant le minimum de dignité humaine. Depuis le 17 octobre, cette foule n’a cessé de crier, de hurler, de faire passer son message afin que vous puissiez les entendre et jusque-là, rien ne s’est passé.

Monsieur le président que vous faut-il de plus a vous et à tous ces politiciens qui gèrent ce pays depuis toutes ces années. Qu’avez-vous envie d’entendre afin que nous vous amenions à la raison. Que faut-il dire de plus pour que vous puissiez nous réveiller de ce cauchemar dans lequel on a été projeté.

Devrais-je donner des exemples qui ne pourraient être contenus dans une bibliothèque nationale de tout ce qui a été fait pour que ce pays arrive en ce jour au bord de l’agonie et pour lequel personne, pas même vous aujourd’hui, ne le regardez comme une mère pourra faire vis-à-vis de ces enfants.

Depuis 1943 date à laquelle le pays a accédé à son indépendance, rien n’a été fait pour garder ses fils en son sein. Au contraire, aujourd’hui ils sont plus nombreux à l’étranger que ceux qui vivent dans leur propre pays.

Monsieur le Président, tous vos prédécesseurs, n’ont pas fait quoique ce soit pour ce pays pour le garder, pour l’amener au firmament de ce qu’il devrait être, au contraire ils n’ont fait que implémenter une politique qui fait que nous sommes aujourd’hui à un point de quasi-non-retour.

Dois-je vous rappeler que lors de votre discours d’investiture à la présidence présentée au parlement de la place de l’Étoile, nous avons cru ce jour-là que le président fort que l’on nous avait promis est enfin arrivé.

Monsieur le président, vous êtes le fondateur du mouvement du courant patriotique libre, le 31 octobre 2016, vous étiez le 13e président de la République libanaise élu lors de la 46e séance électorale par 83 voix sur 127. Vous avez prêté serment et lu votre discours d’investiture au sein du Parlement en présence de tous les députés. Tous les yeux des Libanais étaient braqués sur vous.

Certains vous applaudissaient d’autres vous haïssez déjà.

Vous avez affirmé, avec force ce jour-là que les objectifs principaux de votre politique seront les suivants :

1- Le renforcement des capacités militaires de l’armée libanaise afin qu’elle puisse protéger nos frontières de potentiels ennemis de notre pays.

2- De trouver des solutions fiables afin de résoudre la crise des réfugiés syriens,

3- La promesse d’apporter la transparence et les réformes nécessaires au sein des institutions étatiques. On comprend par transparence, combattre la corruption tentaculaire qui prévaut dans le pays. C’était pour vous, votre credo, votre cheval de bataille.

4- La promesse d’améliorer la situation économique et sociale du pays.

5- Préserver la neutralité du Liban vis-à-vis des conflits qui enflamment la région.

6- Vous nous avez aussi promis une nouvelle loi électorale.

7- Lors de ce discours vous avez conclu par cette phrase qui à mes yeux est importante, de nous apporter la sécurité, et surtout la promesse d’une certaine sérénité.

Monsieur le Président, le jour de votre investiture vous avez juré, devant l’assemblée des députés, certes corrompue, devant l’ensemble de la population libanaise et devant Dieu de respecter la Constitution libanaise et de préserver l’indépendance et l’intégrité du territoire libanais. Ce jour-là beaucoup ont voulu vous croire. Nous étions naïfs je le crois et j’en suis convaincu.

Je n’irai pas jusqu’à citer toutes vos promesses que vous avez énoncées ce jour-là. Avant d’aborder le sujet de cette présidence je voudrai juste vous rappeler que vous avez promis vouloir assurer la stabilité auxquelles tous les Libanais aspirent, et pour vous et selon votre lecture : « Le premier pas vers la stabilité est celui de la stabilité politique, par le respect des lois, du Pacte national et de la Constitution. Dans ce contexte, il faut appliquer tout le Pacte national sans modifications ».

Vous vouliez comme vous l’aviez si bien dit, élaborer une loi électorale pour des législatives qui selon vous seraient plus représentatives. Vous l’avez fait je le conçois. Cette loi fut votée à la majorité au parlement je vous l’accorde. Mais à mes yeux cette loi a été faite à la mesure de vous ces représentants de l’état sans pour autant tenir compte d’aucune réalité sur le terrain. La preuve c’est les accords entre différents partis qui sont opposés l’un à l’autre au quotidien, mais pour des raisons électorales ont trouvé le consensus idéal pour que l’un et l’autre de vos candidats soient élus. OUI vous avez réussi, non pas vous seulement, Monsieur le Président, mais aussi tous les représentants des autres partis à nous leurrer et à promulguer cette loi qui vous a porté à ce pouvoir.

Vous avez juré solennellement ce jour-là que l’union nationale empêcherait toute discorde dans le pays. Pour terminer de la liste des promesses, vous avez juré d’adopter de nouvelles réformes qui englobent des plans sociaux, économiques, financiers, environnementaux et éducatifs, vous avez ce jour-là parlé de réforme économique globale.

Vous aviez, Monsieur le président, promis ces réformes pour construire un État avec une société civile. Finalement vous avez promis que toutes réformes sociales et économiques ne peuvent aboutir sans transparence, notamment en votant des lois anti-corruptions et de renforcer le contrôle » du travail des institutions.

Monsieur le Président, vous avez voulu être le président fort, celui qui garantit notre sécurité et notre sérénité.

Je voudrais avant de poursuivre ce monologue vous dire que vous avez été une première fois à la tête de l’État dans les années 1989, époque où le président Gemayel vous avez remis les clés du palais de Baabda.

Pendant une année, vous teniez les rênes de ce pays. Le Liban n’a pas connu la sécurité, et encore moins la sérénité. Ce fut une année fratricide, une année où la mort et la désolation nous ont côtoyés tout au long de votre court mandat. Une année entière où le bruit des bombes a remplacé les chants des oiseaux, où la mort a remplacé la vie.

C’est réducteur je veux bien le concevoir, mais c’était aussi notre réalité, la guerre en place de la sécurité, la mort et la désolation en place de la sérénité.

Auriez-vous pu faire quelque chose dans les années 1990, peut-être, mais la guerre que vous avez commencée, votre guerre de Libération comme vous l’avez nommée, vous l’avez commencée en fanfare, et l’avez terminée dans la discrétion laissant derrière vous vos officiers à la merci des troupes syriennes.

Vous Monsieur le président, vous vous êtes réfugié à l’ambassade de France laissant derrière vous un pays exsangue, meurtri, au bord de la faillite sociale et économique, c’était je vous le rappelle en 1989. Votre guerre de Libération vous l’avez initié contre les troupes syriennes sans vous soucier à un moment ou un autre du Sud qui se démenait aussi contre l’occupant pour gagner la libération de notre terre. Vous avez monsieur le président eu le courage de reconnaître une occupation, la Syrienne sans vouloir combattre la seconde, l’Israélienne.

Auparavant vous avez lors de ce même mandat, fait la guerre des quartiers, ou je voudrai vous rappeler que des pans entiers de Beyrouth Est furent quasiment démolis, AIN Al ROUMANEH s’en souvient. C’était une guerre de clans, rappelez-vous, Monsieur le Président, vous devez vous en souvenir, souvenez-vous-en. Là encore la paix, la sécurité et la sérénité n’étaient pas au rendez-vous.

Le 17 octobre une contestation populaire a vu le jour, pour certains, un ras-le-bol généralisé. Pour d’autres, cette contestation est le fruit d’une politique étrangère qui viendrait affaiblir un parti politique qui a pignon sur rue : le Hezbollah. Je voudrais, afin de ne pas heurter la sensibilité des uns et des autres accepter l’idée que les deux explications sont louables.

Le ras-le-bol généralisé visait tout le système corrompu, ainsi que tous les hommes politiques de ce pays qui pour beaucoup ne sont que le reflet du système établi.

Ce 17 octobre, une population exacerbée, meurtrie, économiquement ravagée, exsangue, à la limite de la rupture sociale, s’est soulevée pour dire que cela SUFFIT. Des jeunes, et des moins jeunes, des femmes, des hommes se sont soulevés pour vous dire à vous tous qu’il y en a assez que le peuple libanais mérite bien mieux.

Depuis lors où en sommes-nous ? Une fois de plus vous avez manqué à nous procurer ce qui est pour ce peuple les plus élémentaires de ces aspirations, la sécurité et la sérénité. Où en est-on aujourd’hui ? Sinon que le pays est en totale faillite financière, que le fossé qui nous sépare s’élargit à vue d’œil que le peuple ne sait plus sur quel pied danser et que l’on est dans l’incapacité de former un gouvernement après plus de 3 mois de contestation. Tout cela, parce que vous les politiques, ne pensez pas à ce pays comme vous devriez réellement le faire, vous pensez juste à vous, à conserver vos propres intérêts et rien d’autre.

Ne voyez-vous pas que c’est l’anarchie, ne voyez-vous pas que chacun fait comme bon lui semble ? Regardez, la banque centrale émet des règles qui sont caduques, les banques elles ne se soucient même plus de ceux qui ont fait leurs institutions, toutes deux établissent des lois qui sortent de toute légalité. Et pourtant rien ne se fait pour arrêter ce processus qui fait que le pays vole en éclats. Les Libanais ont quasiment tout perdu. Leur épargne s’est envolée, Dieu sait où. Les petits épargnants n’ont plus rien, ils se souviennent seulement de cette confiance qu’ils ont faite à ces institutions-là.

Monsieur le président, devrai-je vous dire que le pays s’écroule et que nous restons dans le système archaïque patriarcal, mafieux et rien ne se fait pour changer cet état de choses. De ce fait, pensez-vous qu’il y a des solutions afin que nous fassions de cet endroit un endroit où nos enfants peuvent rester en toute sécurité et sérénité.

Oui, je crois qu’il y a encore espoir dans ce pays, et les gens qui y vivent encore faudrait-il avoir le courage, la bravoure, la volonté de se battre pour ce pays.

À ces qualités, il faudrait ajouter un plan Marshall pour tenter de le relever. Il faudrait des décisions, et des mesures draconiennes pour que l’on puisse un jour imaginer ce pays prospère, qui pourra garder en son sein ses enfants.

Monsieur le président, soyons donc aujourd’hui courageux et promulguons les lois nécessaires afin que ce pays suive la bonne voie :

- Déclarer un Liban uni, et promouvoir l’identité libanaise et pas l’identité communautaire, celle-ci sera reconnue comme étant unique et universelle

- Promulguer une loi d’amnistie générale pour tous ceux qui ont dilapidé ce pays. Que leurs biens dans le pays soient confisqués et remis à l’État. Si possible de récupérer les

biens a l’étranger. Les hommes ou femmes reconnus coupables de corruption se voient interdire toute activité politique.

- Créer un système juridique indépendant de l’outil législatif. La justice doit être la garante de la constitution qui sera suivie scrupuleusement et qu’elle puisse juger toute personne en toute équité et indépendance.

- Élaboration d’une nouvelle constitution bannissant toutes références relatives à une quelconque communauté et tous les privilèges communautaires

- Une loi électorale basée sur un vote une personne, et où le Liban sera une circonscription unique. Les partis politiques doivent comprendre la notion de parti au pouvoir et de partis d’opposition.

- Bannir le confessionnalisme politique et promulguer la compétence politique.

- Promulguer la laïcité du pays dans ses termes les plus larges.

À croire, Monsieur le Président, que vous les collectionnez, et que vous vous faites le chantre de l’insécurité et de la non-sérénité.

Comme ce 6 février 2006, où après plusieurs mois de négociations entre votre parti le Courant patriotique libre et le Hezbollah, vous avez signé un document d’entente. Ce geste pour certains était pur folie, je tendrais à dire que ce fut courageux et brave d’une part de se parler entre vous et d’autre part d’arriver à un tel dénouement. Personne ne pensait que cela pouvait se faire et pourtant, ce document est là et bien là et malgré vents et marées 14 ans plus tard, il est toujours en application. Vous êtes donc capable apparemment de cerner le vrai du faux, vous êtes capable de prendre des décisions même si elles ne sont pas toujours acceptées.

Monsieur le Président, je voudrais par le biais de ce mot, exprimer comme pour beaucoup de citoyens libanais mon ras-le-bol. Lors de votre élection et ce après une longue période de tractation et de vide présidentiel on vous a présenté comme étant ce président fort. Et je voudrai comme pour tous les autres ce président fort qui décide, qui mène ce bateau qui vogue depuis des décennies au gré des humeurs belliqueuses de nos dirigeants dont vous faites partie aussi.

Vous avez aujourd’hui la possibilité de laisser une trace indélébile de votre quinquennat. Vous avez la possibilité de proposer des réformes modernes pour le Liban moderne. Vous avez la possibilité de créer l’histoire de nouveau et que votre nom soit inscrit à jamais pour la postérité comme le président fort que ce pays attend depuis des lustres.

Monsieur le Président, vous êtes et je m’excuse, à un âge où vous n’avez plus rien à perdre, mais beaucoup à gagner. Ne laissez pas ce pays sombrer, votre responsabilité est justement c’est le pourquoi de votre élection serait de le hisser aux plus hauts sommets.

Vous n’avez rien à perdre, mais, tout à prouver, que vous avez osé là où personne ne l’a encore fait. Monter sur le créneau, vous étiez militaire et vous savez comment. faire.

Oui, Monsieur le Président, vous n’avez rien à perdre, votre âge vous permet de faire ce baroud d’honneur. Annoncez des réformes innovatrices, donnez à tous ces politiciens l’ultimatum et jouez de votre position de président FORT pour sortir notre pays de ce néant. Faites des propositions concrètes, montrez-leur que vous avez compris, de par votre position vous êtes capable de changer ce pays.

Ma question finalement, Monsieur le Président, voulez-vous être ce président fort que l’on a annoncé, un président du renouveau et du changement? Êtes-vous celui où le nom sera gravé pour la postérité.

Dans le cas où vous persistez à protéger les acquis de vos pairs, votre nom sera terni à jamais. Par contre, prenez ces décisions que vous savez, proposez-les, et si on ne vous suit pas alors remettez le pouvoir, démissionnez et demandez-nous de vous rejoindre dans la rue, on sera là au rendez-vous. Vous auriez alors gagné le cœur de vos concitoyens. En nous rejoignant vous ferez de votre présidence celle qui a osé braver les interdits vous serez alors le président fort. Le peuple comprendra enfin qu’il s’est trouvé son président, croyez-moi votre nom ne sera pas oublié de sitôt, ils vous suivront croyez-moi !!!

Pendant plusieurs années, vous avez tenu les rênes de ce pays. Le Liban n’a pas connu ni la sécurité, et encore moins la sérénité. Ce fut des années fratricides, ou la mort et la désolation nous ont côtoyés tout au long de vos 2 mandats. Votre court mandat remis par Gemayel vous a donné le pouvoir, cette année-là fut une année entière où le bruit des bombes a remplacé les chants des oiseaux, ou la mort a remplacé la vie. Aujourd’hui lors de votre mandat présidentiel, vous avez remplacé les bombes par une mort plus lente. De l’explosion du port de Beyrouth en août 2020, à la dévaluation de notre monnaie nationale, vous n’avez apporté que mort et désolation. Regarder autour de vous, les prix des denrées premières s’envolent, les files de véhicules dans les stations d’essence ne font qu’augmenter. Ver ou, vous nous mentez vraiment ? Le salaire minimum ne suffit plus même à payer les loyers, ou l’électricité alternative (générateur) ceci que pour donner quelques exemples. Mais il est vrai vous nous avez promis l’enfer, nous y sommes presque grâce votre politique destructrice

Monsieur le président, de votre discours lors de votre investiture, rien n’a été à ce jour fait. Par conséquent, soit vous proposez des réformes, des vraies réformes que ce pays mérite, soit en restant vous serez comme les autres, un corrompu parmi les corrompus.

Il est temps, Monsieur le Président, temps de décider, temps de dire la vérité, toute la vérité. Il est temps de vous mettre debout et de lancer la vraie Libération promise depuis 1989, vous avez un âge où vous pouvez partir à tout moment alors quittez ce pouvoir, cette vie dans l’éclat ne laisser point l’ombre vous envelopper dans l’éternité.

Tarek Daher
Juillet 2021