Chronique d’une épidémie Le Coronavirus 19 de MRI, analyste politique

7 May

Un événement effrayant se répandit au printemps 2020 en partant de Chine, les premiers cas y avaient été détectés en janvier 2020 dans une petite ville chinoise, la ville de Wuhan.

La Chine, lointaine géographiquement, était de façon improviste si proche par la maladie.

Au début de la pandémie, l’incrédulité sur la possibilité que l’épidémie arrive en Europe a prévalue.

Les individus en parlaient dans les couloirs et dans les rues.

En quelques semaines la mort est arrivée en Europe.

La crise épidémique est ensuite devenue mondiale.

En début mars 2020, nous étions au bureau et dans la confusion des réunions annulées et organisées et puis renvoyées : la tension montait sans savoir pourquoi…

Je sentais la fibrillation: quelque chose allait changer rapidement.

Les messages se firent de plus anxiogènes, et parlaient de possible changement de façon de travailler.

Puis l’annonce officielle: le Coronavirus 19, maladie mortelle prenant les voies respiratoires, était désormais arrivée en Europe.

L’Italie a été le premier pays touché, ensuite l’Espagne, la France, le Royaume Uni (qui avait nié au départ être touché par une telle pandémie et annonça que les britanniques devaient de préparer à perdre des personnes chères), et puis petit à petit toute la planète a sonné au son de l’épidémie.

La pandémie s’est répandue dans le monde entier.

D’abord, les personnes âgées, ensuite aussi les plus jeunes, et puis toute catégorie d’âge était désormais en danger, selon les annonces officielles.

La mort par pandémie a ainsi fait sa réapparition en Europe.

Les époques des épidémies qui semblaient désormais lointaines sont revenues dans notre quotidien avec de nouveaux mots d’ordres.

Confinement, distance sociale, masques, morts, hygiène, se laver les mains, restez chez vous, crise économique, chômage massif, pauvreté: une malédiction qui ramène l’humanité entière au cœur de sa vulnérabilité et de sa fragilité.

Une expérience inattendue.

L’Europe avait oublié les pandémies.

L’Europe avait oublié la production destinée à la santé publique.

L’Europe avait oublié la coopération et la collaboration entre les peuples vivant sur le continent.

L’Europe avait oublié la solidarité entre citoyens.

L’Europe avait oublié ses infirmiers et ses médecins.

L’Europe avait oublié les équipements sanitaires.

L’Europe avait oublié ses ainés dans les maisons de repos.

L’Europe avait oublié de produire ses produits alimentaires de base.

L’Europe avait oublié ses pauvres.

L’Europe avait oublié la solidarité et l’entre aide entre Etats.

L’Europe s’est oubliée.

J’ai vécu cette expérience de confinement qui a duré plus de deux mois d’abord avec curiosité, et puis avec un esprit d’expérimentation et d’observation des réactions humaines en situation de crise.

Le spectacle a été émouvant, attristant et révoltant à la fois.

Je m’explique.

Au début de l’épidémie il y a eu l’incrédulité de la part des européens: dans l’inconscient collectif « une telle pandémie ne pouvait exister en Europe ».

Le déni.

Puis, les morts ont augmenté à une rapidité extraordinaire, au 12 avril 2020 plus de 100 milles seulement en Italie après un mois de ce que les dirigeants ont défini dans le discours médiatique de « guerre » contre le virus.

La mort est entrée dans les discours et dans tous les esprits même les plus cartésiens.

Intéressant voir la peur de la mort et l’inquiétude de la perte de contrôle rentrer de plus en plus dans le quotidien des européens.

Peuples désormais habitués à l’illusion de tout contrôler ou à avoir l’illusion de tout contrôler.

Même les Présidents les plus récalcitrants ont du accepter l’évidence: la santé des citoyens devaient passer avant l’activité économique. Difficile choix.

Les dirigeants comme dans un sursaut de lucidité se sont rendus à nouveau compte que sans citoyens en bonne santé, il n’y avait pas d’économie qui tienne.

Aux questionnements hésitants:

Santé des citoyens ou activité économique?

Confinement pour protéger la santé publique ou continuation de l’activité économique européenne et mondiale?

J’ai vu l’hésitation des dirigeants européens, sauf du Premier Conte en Italie, et des USA dans leurs choix de politique publique: fermer les économies pour protéger les citoyens ou protéger les économies et laisser les citoyens plus vulnérables mourir ?

Le vrai dilemme entre santé publique et activité économique.

Depuis des années, nous avions en tant que observateurs politiques exprimé le regret de la tendance de l’Europe et des USA à libéraliser les services de santé et en laisser la gestion à des acteurs privés. Nous avions à maintes reprises fait noter que les services de santé n’étaient pas des services comme les autres et que la vision libérale des services de santé était un non sens. Bien avant l’épidémie de Corona virus 19, de nombreuses voix s’étaient levées pour attirer l’attention de l’éventuel désastre qui nous attendait.

Personne ne pouvait imaginer que le Corona virus 19 débarque dans nos maisons, dans nos sociétés nous laissant démunis dans l’urgence de la mort qui ne regarde personne en face et qui ne se pose pas la question de la pertinence de son action.
Une évidence s’est posée à moi: la déshumanisation de l’Europe avait été en marche depuis longtemps sans que les citoyens en soient conscients.

Pris dans le jeu de la compétition et de l’enrichissement, les européens avaient perdus de vue le sens de leurs choix politiques et économiques.

L’Europe et ses dirigeants nationaux avaient épousé la doctrine économique libérale fondée sur l’individualisme, la course à plus d’argent, moins de services d’intérêt général et surtout: l’encouragement à l’intérêt personnel contre l’intérêt général.

Pendant la pandémie, l’Europe a montré encore une fois ses divisions, ses faiblesses, ses intérêts nationaux, son manque de fédération et a donné aux pays membres, en particulier aux pays du Sud de l’Europe l’impression qu’il y avait désormais une Europe officiellement à deux vitesses : UNE Europe du Nord qui se sent très sure d’elle-même ayant gagné sur tout les fronts depuis la seconde guerre mondiale ; et UNE Europe du Sud qui serait à la traine et à laquelle l’Europe du Nord fait remarquer ses faiblesses.

J’ai pensé à la division Nord-Sud du monde, entre pays riches et pays pauvres, et à la division Nord-Sud en Italie, le Nord riche (l’Europe et les Etats Unis) et le Sud pauvre: la géographie serait-elle un facteur de déterminisme social et économique comme théorisé dans nombreuses théories politiques?

Comme si en quelques sortes ayant été virulente en Italie, la pandémie serait venue « punir » un pays déjà en grandes difficultés économiques depuis des décennies.

Cette pandémie serait venue donner à l’Italie le coup final.

L’Europe serait ensuite venue pour la redresser en utilisant le Mécanisme économique de stabilité (MES).

Surprenant.

En écoutant les discours des jours qui ont suivis la pandémie, j’ai noté quelques expressions qui m’ont étonnée: « temporary solidarity » « the mafia is waiting for the EU funds. »

Il y aurait donc une solidarité européenne « temporaire » sur laquelle il ne faudrait pas conter sur base continue et à long terme. La solidarité des pays du Nord serait donc temporaire et conditionnée par des contreparties qui pourraient casser l’Europe en deux, notamment des crédits avec des intérêts à faibles taux.

Déboussolant.

Et puis, pitié !

Tout ce débat rappelle la diatribe sur la coopération internationale entre prêts et subventions de l’aide au développement.

Le Nord du monde qui endette le Sud du monde.

La remise de la dette.

A nouveau des prêts à taux faibles qui augmentent la dette existante et ainsi de suite.

Pour ce qui est de la mafia qui attendrait les fonds européens, il est temps de clarifier que les organisations mafieuses se sont désormais lancées dans la finance et dans l’investissement et le recyclage en Europe et dans le monde.

Ces organisations peuvent en distribuer de l’argent !

Vite et de façon ciblée, notamment en finançant les segments les plus pauvres de la population.

En somme, les organisations mafieuses peuvent « s’occuper » vite et bien des segments de la population « oubliés » par le gouvernement italien.

Au fur et à mesure de la crise, il s’est dessiné une Europe à deux vitesses.

Malgré la crise mortelle ayant touché les pays du Sud d’abord et du Nord ensuite, l’Europe a montré au monde que la solidarité n’était pas une valeur sociale et politique fondatrice, mais plutôt une valeur « temporaire » à laquelle faire appel à géométrie variable et à certaines conditions.

Incroyable.

En période de confinement, de mort, de décisions économiques difficiles, l’Europe a pris des mois à discuter sans arriver à un acte fort de prise de décision.

Etonnant.

La dynamique est devenue chaotique.

Les intérêts nationaux ont repris le dessus avec les stéréotypes qui vont avec.

Dommage.

Au-delà des questions techniques, cette expérience a mis en exergue l’idée stéréotypée que les pays du Nord de l’Europe se font fait des pays du Sud de l’Europe.

Dans les discours officiels, il en ressort une méfiance évidente pour la gestion des fonds européens de la part de l’Italie, en particulier, mais aussi de l’Espagne.
J’ai été étonnée d’entendre que les Ministres se seraient soit disant mis plus ou moins d’accord sur les mesures de « solidarité » à prendre, comme le SURE (pour les chômeurs), le Fonds spécial pour les entreprises et le MES pour l’Italie (et l’Espagne), un MES qui serait « sans conditions » avec une ligne destinée uniquement aux dépenses de santé. Mais, sans arriver à une action rapide.

Effrayant.

La mort entretemps a fait son cours.

Une « solidarité temporaire » serait aussi à la base des mesures discutées par le Conseil de l’Europe.

Concept intéressant la « solidarité temporaire » : il mérite quelques lignes de réflexions.

La solidarité européenne ne pourrait donc pas durer « à l’infini ».

Donc une solidarité limitée dans le temps serait tout ce que l’Europe peut se permettre.

Pourquoi ?

Est-ce que cette définition de solidarité temporaire voudrait dire que les européens ne se sentent pas unis dans le même destin ?

Les liens entre peuples européens ne seraient donc pas organiques ?

Si tel est le cas, quel serait alors le facteur commun de l’Union européenne ?

Le marché.

Nous serions de nouveau dans la dichotomie entre marché et solidarité.

Si la solidarité n’est pas une valeur unifiant les européens qui restent donc dans leur individualisme, quelle autre valeur pourrait être portée dans la construction sociale pour qu’il se justifie une action commune dans cette crise sanitaire et économique ?

La coopération, vue comme l’ensemble des actions tendant à préserver l’intérêt général ?

Quel serait l’intérêt général dans ce cas ?

L’intérêt général serait celui de la continuation de l’Union européenne comme processus d’intégration des peuples et des Etats.

Cet intérêt général doit être reconnu par les Etats membres de l’Union qu’ils soient au Nord ou au Sud.

Pourquoi ?

Parce que si l’Union n’est pas obligée d’être solidaire, elle ne survivra pas à la compétition interne et au manque de coopération. La situation actuelle doit nous faire réfléchir à l’intérêt général européen au-delà des intérêts nationaux.

La valeur argent et l’intérêt national sont au centre de la sociologie européenne et mondiale.

Je comprends mieux pourquoi les discours médiatiques ont du parler des « héros » et le magazine « TIME » a mis en première page les photos des « héros » de cette crise sanitaire, notamment les infirmiers et les médecins.

« Héros »

Aurions-nous besoin de « héros » si nous avions gardé en Italie et en Europe le cap tendant à valoriser et à investir dans les secteurs de santé publique ?

Aurions-nous besoin d’importer des masques et des ventilateurs, si nous n’avions pas réduit les dépenses de santé car considérées inutiles ?

Je pense qu’il n’y a pas besoin de « héros » : il y a besoin de personnel sanitaire et d’infrastructures de santé en mesure de faire face à la crise sanitaire, en soignant les personnes âgées et les personnes fragiles.

Dans un pays comme l’Italie avec une population de 60,36 millions en 2019 (troisième pays de la zone euro après l’Allemagne 83,02 millions d’habitants et la France 66,99 millions), je me demande comment un pays industrialisé ET 3ème puissance industrielle de l’Union européenne est précipité dans la crise aussi rapidement ?

Avec 100,000 cas après un mois (en avril 2020), donc 0,16% de la population totale, l’Italie a sombré aussi rapidement dans la crise sanitaire et économique ?

Pourquoi avons-nous eu besoin de « héros » ?

Pourquoi avons-nous dû arrêter des secteurs entiers et confiner tout un pays ?

La réponse que je donne est que le système de santé italien, comme ceux des autres pays européens touchés par la crise, a été mis à mal par des années de désinvestissement systémique initié dans les années 80 et qui a continué dans le temps.

Ce désinvestissement a laissé un système sanitaire au minimum indispensable ne prévoyant pas de crises de l’ampleur que nous vivons en ce printemps 2020.
Nous applaudissons sans aucun doute nos « héros » des balcons !

Mais avec le recul, il conviendra de s’interroger sur ce qu’il faudra changer, une fois passé ce cap de l’urgence sanitaire.

En somme, la crise sanitaire a fait ressortir les maux de la société européenne et mondiale.

L’évident conflit entre santé publique contre économie capitaliste.