Décryptage Trump mot à mot avec Alain Bauer, professeur émérite de criminologie par Jean Musy
«C’est dans les mots que nous pensons», disait Hegel. C’est sous cet angle qu’Alain Bauer, professeur émérite de criminologie et ancien conseiller de Michel Rocard, analyse le discours de Donald Trump, dans son dernier livre, Trump, Le pouvoir des mots, Décryptage d’une redoutable mécanique de persuasion de masse (Editions First). Ou comment le milliardaire de l’immobilier américain et showman télé depuis cinquante ans, est passé maître de l’économie de l’attention, en en faisant
«une arme de guerre rhétorique» au service de sa politique populiste.
Pour Bauer, l’ascension de Trump «ne constitue pas un accident de l’histoire politique américaine. Elle représente l’aboutissement d’une révolution politique largement structurée par une insurrection linguistique, un usage méthodiquement orchestré d’un vocabulaire politiquement incorrect, qui plonge ses racines dans une compréhension aiguë des mécanismes de persuasion de masse».
Il y a bien deux Trump, révèle Bauer. Côté privé, celui des années 80 et 90, à en croire les archives télé, bon chic bon genre, «rompu aux codes linguistiques des cercles dirigeants». Côté public, l’homme de l’ascension au pouvoir des années 2010 et 2020, formé par l’ami de son père, l’avocat Roy Cohn, conseiller du sénateur Joseph McCarthy, tristement célèbre pour sa chasse aux sorcières anticommuniste,
qui «avait transformé la manipulation en art de la survie».
De son enseignement Trump en a tiré «une philosophie de l’invulnérabilité performative», qui se manifeste notamment dans «la transformation de chaque échange en affrontement, lors duquel l’adversaire doit être non seulement vaincu mais humilié». Une vraie logique guerrière, car «Trump ne débat pas : il conquiert l’espace discursif par saturation, répétition et intimidation». Toute intervention devient une démonstration de force. «Ses mots sont des armes à fragmentation et à sous-munitions».
Les mots qui ont changé l’Amérique
Pour Bauer, Trump «n’a pas dégradé accidentellement le discours politique américain : il l’a révolutionné avec méthode». Et sans doute durablement, car «en démontrant l’efficacité de la simplification contre la sophistication, de la provocation contre la mesure, de l’émotion contre la raison,Donald Trump a ouvert une voie que ses successeurs - qu’ils le veuillent ou non - seront contraints d’emprunter ou auront le plus grand mal à quitter».
Dans son livre Bauer y décrypte les principaux mots-clés et slogans chers au président américain, sans enoublier les «trumpismes», ses fameux commentaires très souvent tendancieux, qui font les choux gras de la presse outre-atlantique.
«Les mots ont changé l’Amérique : il reste à déterminer si l’Amérique saura changer ses mots. Et malgré tout, résoudre ses maux», conclut le criminologue.
Jean Musy
Credit photo: Jean Musy

