SUR LA ROUTE DU CINEMA par Dan Albertini lovinsky2008@gmail.com La Gamelle. Une histoire tirée du 13ième chapitre du roman sociologique inédit : République Bar-bancourt, bar-Barie.

14 June 2012

Quand j’avais annoncé la fin de la série thématique sur la politique haïtienne et le cinéma, je n’avais planifié de suivi synthétique encourageant ou ostracisant un groupe social, une pensée politique ou un acteur quelconque. Les équivoques sont de bonnes foi et les propos élusifs seront accueillis avec élégance de mon côté pour ce qui s’en suit. J’ai durement encaissé la semaine dernière. Une nouvelle qui accuse la fin probable de la papauté dans un futur inquiétant, à cause d’une guerre de bas étage de cardinaux borsalino, mettra le monde face à ses devoirs. Lesquels, allez donc savoir quand la morale aura cédé sa place aux intérêts. Même si les Adventistes souhaitent la chute de Babylone, comme ils appellent le Vatican, ils n’offrent pas d’alternative socioreligieuse soutenable. C’est l’Islam qui règnera, sans dieux importés ni faux dieux. Est-ce la fin, quand je constate sur certaines tribunes, une hyperventilation par évangélisation ! Je parle de la fin d’une bannière. Si les empires se succèdent, les effets collatéraux du christianisme version papale toucheraient évidemment le Vaudou haïtien aussi. En profondeur. Les vérités tombent comme des châteaux de cartes, même les nôtres. Les vérités angulaires. Le cinéma serait d’un grand secours. Je vais me retrouver chez madame Kolo, par défaut. Vous me passerez une petite superstition américaine du chiffre 13, je dois puiser dans le 13ième chapitre du roman sociologique République Bar-bancourt, bar-Barie, la gamelle. Prière de ne pas s’arrêter. Il est en confection depuis… mais je publierais, je jure. Oups. Je promets.

La Gamelle. Les acteurs sont anonymes. L’histoire met en vedette madame Kolo et son fils Solomon, un journaliste nommé diaspo, Élise, une servante et le chauffeur. L’histoire débute dans les studios de la radio d’état pour se poursuivre sur la route qui mène vers le temple de madame Kolo. C’est l’histoire d’un petit verre de vin fort, d’une gamelle et de secrets d’initiés.

C’est diaspo qui parle. L’embouteillage retarda notre course et, après une bonne heure nous arrivâmes chez la grande prêtresse. Une villa tout de blanc peinte, les barrières en noir avec des insignes ésotériques comme le tétragonotrioctaèdre, avec un œil à l’intérieur et le tétragramme inscrit en-dessous. Des chiens de race gardaient l’avant et un gardien accourut pour nous ouvrir une grande barrière métallique montée sur des roulettes. La résidence n’avait rien d’un houmfort à première vue. De préférence, la pauvreté n’y avait pas sa place. Nous rentrâmes par une grande porte patio qui s’ouvrit automatiquement, du grand luxe quoi !

Le narrateur est impersonnel, il fait remarquer que les chiens de race sont noirs mais n’ont rien de l’Égypte des Pharaons. C’est donc un emprunt qui trouve sa source dans les films d’horreur.

Diaspo. On m’emprunta des vêtements blancs pour me mettre à l’aise et une grande chambre à l’étage me fut dédiée pour me préparer. La prêtresse m’expliqua que la nuit serait longue et que des invités d’honneurs y seraient pour cette grande occasion. Le calme régnait dans la maison malgré le va et vient des domestiques ou serviteurs de la maison.

La dédicace marquait le pas d’un engagement prédestiné d’un adepte. C’est une pratique qui tend à vous convaincre par persuasion. Mais inspiré d’un monde invisible qui peut se travestir au besoin.

Diaspo. L’idée d’un James Bond me monta à l’esprit et je fus tenté de visiter la maison sans invitation. Je n’eus pas le temps d’ouvrir la porte qu’une voix féminine m’informa que j’étais attendu dans le vestibule, madame Kolo voulait m’instruire de la soirée.

Quand on est observé, on ne le sait pas généralement. Était-ce le cas, le moment était-il choisi pour introduire la servante ?

Elle s’était revêtue plus légèrement de manière à se relaxer quand elle me présenta un géant. Une musculature impressionnante. Le squelette disparaissait devant cette montagne de muscles. Son fils Solomon était le chwal (le véhicule) d’un loa très influent dans l’univers africoïde. Legba, dieu de la guerre s’y trouvait bien dans cette carrure. Il devait en jouir de sensations humaines. Solomon me fit cette drôle d’impression du déjà vu. Visage allongé, des yeux enfoncés qui le rendaient ombrageux. Mais, il me laissa la vague impression que ses yeux savaient sortir de l’orbite et rentrer. Pour effrayer?

Je ne saurais dire. La table est mise pour une histoire peu ordinaire. Solomon était comptable et travaillait pour une banque étrangère installée au pays. Il avait vécu à l’étranger pendant un certain temps et s’exprimait parfaitement bien en anglais. Solomon portait un parfum doux qui me rappelait les douces nuits érotiques des femmes égyptiennes qui vous aromatisaient avant de dévorer sexuellement leurs partenaires dans les contes érotiques.

Diaspo. Je les avais étudiés en histoire générale dans mon jeune âge. Je me rappelle même du livre dont l’épine offrait des écritures calligraphiques dorées et la poussière de veste était imprimée de graphiques curvilignes en rouge. Je me suis dit que Solomon devait avoir beaucoup de succès auprès des femmes de son entourage. Il n’était pas marié mais devait sûrement se partager beaucoup de convives lors des cérémonies vaudouesques sous le couvert des dieux et de l’esprit de possession.

Une jeune fille apporta une gamelle pleine de feuilles trempées dans un liquide gluant avec des choses qui bougeaient. C’était pour mes pieds. Je me refusai de tremper mes pieds là dedans quand je pensais à ceux qui me traitaient de transfuge. Cela m’a paru imprudent et risqué. Quand cet ‘’Apollon’’ noir m’expliqua que c’était thérapeutique car les pieds influençaient tout le corps, même la tête, j’ai pensé au doc Albert de Montréal. Il y insistait souvent dans ses chroniques médicales quotidiennes. Cela m’a rendu moins résistant. Salomon me dit que c’était des sangsues dressées, que je ne sentirais rien sinon un mouvement de massage. Cependant, s’il y avait du mauvais sang dans mes pieds, que les sangsues l’enlèveraient. Bref, je me suis senti obligé, j’étais en terre inconnue.
En fin de compte je ne sentis qu’une minuscule piqûre et un chatouillement sous la plante des pieds, de plus en plus relaxant.
Madame Kolo souligna vaguement que cela provenait d’une transmission de ses ancêtres qui maîtrisaient bien la médecine dans le vaudou. En Afrique, on appelle ça les sciences endogènes.

Une fois mon massage terminé, la jeune fille m’essuya les pieds avec une délicatesse extrême que la vue de ses jambes écartées me fit bander. Ça devait être le rituel, me suis-je laissé dire amusé en moi-même.

La gamelle céda la place à une petite coupe de vin rouge servie à nous trois. C’était une recette familiale que Solomon exécutait avec rigueur. Il fut fier de me dire que celui-ci était vieux de dix ans ou plus. Je ne pouvais décrire la saveur, mais la composition m’enflamma tout le long de la gorge jusqu’aux entrailles en me donnant l’impression de sortir tout seul par d’autres extrémités.
Mais comment se comporter dans une telle ambiance ? Je pensais sans conviction.

L’histoire de la gamelle pourrait se résumer par celle de n’importe quelle séance de thérapie chinoise ou indoue, mais, legba n’est pas n’importe quel invité dans la culture haïtienne. Ça change tout pour rejoindre un certain syncrétisme religieux très fort chez les Haïtiens. Dans le cinéma, le dieu vaudou est généralement cruel. Si la route du cinéma présentait leur côté érotique comme ceux de la Grèce antique ou de la Rome antique peut-être l’hyperventilation de l’évangélisation serait mois agressive avec l’Afrique des mystères. La question se pose aussi pour l’Afrique religieuse : si la papauté tombe, et demain !
Merci d’y croire!